1 August 2026

Là où tout a commencé : la campagne, le sport et les autres

Avant les responsabilités professionnelles et les grands projets, il y a eu un village, la campagne, des terrains de sport et des dizaines de visages différents chaque week-end. J’ai eu la chance de grandir dans un environnement calme, où j’ai pu me construire sans précipitation, tout en étant constamment entouré de jeunes aux origines, aux nationalités et aux caractères très différents.

Je n’ai pas appris à comprendre les autres dans un livre. Je l’ai appris naturellement, au fil des rencontres, des discussions, des désaccords, des moments de joie et des activités vécues ensemble. À cette époque, je ne cherchais pas à analyser les personnes. Je découvrais simplement que chacun possédait sa manière de réagir, de communiquer, de trouver sa place et de participer à la vie du groupe.


Grandir à la campagne et prendre le temps de se construire

J’ai grandi à la campagne, dans un cadre qui m’a permis de me construire tranquillement. La vie y suivait un rythme différent. Il y avait de l’espace, de la liberté et du temps pour observer ce qui se passait autour de soi. Je pouvais profiter de cet environnement sans avoir constamment l’impression de devoir courir ou de suivre un rythme imposé.

Cette tranquillité ne signifiait pourtant pas que je vivais seul ou isolé. Bien au contraire. La campagne représentait mon cadre de vie, mais les rencontres occupaient déjà une place essentielle dans mon quotidien. Chaque semaine apportait de nouvelles discussions, de nouvelles activités et de nombreux moments partagés avec des personnes qui ne me ressemblaient pas forcément.

Avec le recul, je comprends que cet environnement m’a permis de développer une attention particulière aux autres. Lorsque vous avez le temps de regarder autour de vous, vous remarquez davantage les attitudes, les silences, les changements d’humeur et les manières très différentes de réagir à une même situation.

Je ne mettais évidemment pas encore de mots précis sur ce que je vivais. Je ne parlais pas d’écout, de comportement ou de dynamique de groupe. J’étais simplement au milieu des autres et j’apprenais naturellement à vivre avec leurs différences.


Un environnement calme, mais jamais solitaire

Chaque week-end, nous nous retrouvions à plusieurs dizaines de jeunes. Il ne s’agissait pas d’un petit groupe composé toujours des mêmes personnes. Les visages changeaient, les personnalités étaient nombreuses et les caractères parfois totalement opposés.

Certains parlaient beaucoup et occupaient facilement l’espace. D’autres restaient davantage en retrait et observaient avant de participer. Il y avait ceux qui créaient immédiatement du lien, ceux qui avaient besoin de temps et ceux qui donnaient parfois une première impression difficile à comprendre.

Nous n’avions pas tous la même origine, la même nationalité, la même éducation ni la même manière de communiquer. Chacun arrivait avec son histoire, même si nous ne la connaissions pas toujours. Nous ne savions pas forcément ce que les autres vivaient chez eux, ce qui pouvait les fragiliser ou, au contraire, leur donner une force particulière.

Pourtant, nous nous retrouvions chaque semaine. Nous participions aux mêmes activités, nous partagions les mêmes terrains et nous apprenions à avancer ensemble malgré nos différences.


Des dizaines de jeunes et autant de personnalités

Vivre entouré de tant de jeunes m’a montré très tôt que nous ne réagissions pas tous de la même manière. Une remarque pouvait faire rire une personne et en blesser une autre. Une difficulté pouvait décourager certains, tandis qu’elle donnait à d’autres l’envie de se dépasser.

Une personne très réservée pouvait devenir particulièrement présente lorsqu’elle se sentait enfin acceptée. Une autre pouvait parler fort, occuper beaucoup de place et pourtant cacher un manque de confiance. Certaines personnes semblaient immédiatement à l’aise, alors que d’autres avaient besoin de plusieurs semaines avant de montrer réellement qui elles étaient.

Cette diversité faisait partie de notre quotidien. Nous ne la présentions pas comme un sujet particulier. Elle était simplement là, devant nous, dans nos groupes, nos équipes et nos discussions.

La diversité dans le sport et la vie collective permet justement aux jeunes d’apprendre le respect mutuel, l’esprit d’équipe et la tolérance. Elle leur offre aussi la possibilité de découvrir ce qu’ils ont en commun malgré leurs différences.


Apprendre à vivre avec les différences

Grandir dans cet environnement m’a appris à ne pas attendre que tout le monde fonctionne comme moi. Il fallait parfois adapter sa manière de parler, laisser davantage de temps, calmer une situation ou simplement écouter sans chercher immédiatement à répondre.

Nous pouvions avoir des désaccords, des incompréhensions ou des manières de voir les choses complètement différentes. Cela ne nous empêchait pas de nous retrouver et de continuer à partager des activités.

J’ai ainsi compris qu’une différence de caractère n’empêche pas forcément une relation. Elle oblige parfois simplement à faire un pas vers l’autre et à essayer de comprendre sa manière de fonctionner.

Certaines personnes avaient besoin d’être encouragées. D’autres devaient être davantage responsabilisées. Certaines prenaient naturellement leur place, tandis que d’autres attendaient qu’on leur montre qu’elles étaient réellement les bienvenues.

Cette période m’a aussi appris que la construction d’une personne ne se voit pas toujours immédiatement. Certains avancent rapidement et montrent très tôt une grande assurance. D’autres ont besoin de davantage de calme, de confiance ou de temps avant de trouver leur place. Cette différence de rythme ne détermine pas leur valeur.


Le sport d’équipe comme première école de la vie

J’ai toujours pratiqué des sports d’équipe. Le sport a occupé une place importante dans ma vie, mais il ne m’a pas seulement apporté le plaisir de jouer ou de participer à une compétition. Il m’a surtout appris à vivre dans un collectif.

Dans une équipe, personne ne peut agir uniquement pour lui-même. Chaque attitude influence les autres. Une personne peut posséder de grandes qualités individuelles, mais fragiliser le groupe si elle refuse de collaborer. À l’inverse, quelqu’un de plus discret peut devenir essentiel grâce à son engagement, sa régularité et sa capacité à soutenir ses coéquipiers.

Sur un terrain, les différences sociales, culturelles ou personnelles perdent parfois une partie de leur importance. Chacun arrive avec son caractère et son histoire, mais tout le monde doit participer au même effort. Le groupe avance seulement lorsque ses membres acceptent de se parler, de s’aider et de se faire confiance.

Le programme Jeunesse+Sport souligne également le rôle du sport dans le développement des enfants et des jeunes. Dans une équipe, ils apprennent notamment à jouer ensemble, à coopérer, à s’intégrer dans un groupe et à y trouver leur place.


Ce que chacun apportait au collectif

Dans les équipes que j’ai connues, les profils étaient toujours très différents. Il y avait le timide qui parlait peu, mais qui ne lâchait jamais rien. Il y avait celui qui parlait fort et qui savait rassurer tout le monde lorsque la situation devenait difficile.

Il y avait celui que l’on remarquait moins au départ, mais qui devenait indispensable dès qu’on lui accordait sa confiance. Il y avait aussi celui qui possédait de grandes qualités, mais qui avait besoin d’être accompagné avant de réussir à les exprimer.

Certaines personnes très douées devaient apprendre à partager davantage. D’autres possédaient moins de facilité, mais compensaient par leur travail, leur fidélité et leur envie de progresser. Certains devenaient naturellement des meneurs. D’autres contribuaient à l’équilibre du groupe sans jamais chercher à se mettre en avant.

Le sport m’a appris qu’une équipe ne se construit pas uniquement avec les personnes les plus visibles ou les plus talentueuses. Elle se construit avec des qualités complémentaires et des personnalités capables de participer au même projet.

Il arrive même que l’importance d’une personne apparaisse seulement lorsqu’elle n’est plus présente. Celui que l’on remarquait peu pouvait manquer au groupe par son calme, sa disponibilité ou sa manière de maintenir un lien entre les autres.


La confiance permet parfois de découvrir une autre personne

Certaines personnes montrent immédiatement ce qu’elles savent faire. Elles sont à l’aise, communiquent facilement et donnent rapidement une impression positive. D’autres ont besoin de davantage de temps avant de révéler leurs qualités.

Une personne pouvait manquer son premier entraînement, rester silencieuse ou sembler hésitante. Cela ne signifiait pas qu’elle n’avait rien à apporter. Elle avait peut-être simplement besoin de comprendre le groupe, de prendre confiance ou de sentir que quelqu’un croyait réellement en elle.

J’ai souvent vu des jeunes changer lorsqu’on leur accordait une responsabilité. Celui qui restait toujours à l’écart pouvait soudainement devenir très présent lorsqu’on lui confiait un rôle précis. Une personne hésitante pouvait prendre de l’assurance dès qu’elle comprenait que son avis comptait réellement.

À l’inverse, certaines personnes très sûres d’elles pouvaient rencontrer davantage de difficultés lorsque le groupe traversait une période compliquée. L’assurance visible ne disait donc pas toujours tout de la force réelle d’une personne.

La Charte d’éthique du sport suisse rappelle l’importance du respect, de l’amitié, de l’égalité de traitement et du partage des responsabilités. Ces principes correspondent à ce qu’un groupe apprend lorsqu’il doit avancer sans exclure ceux qui fonctionnent différemment.


Une première impression ne raconte jamais toute l’histoire

Une personne pouvait paraître distante alors qu’elle était simplement timide. Une autre pouvait parler très fort pour masquer ses doutes. Certaines attitudes qui semblaient difficiles au départ devenaient plus compréhensibles lorsque l’on prenait le temps de connaître la personne.

J’ai progressivement appris à ne pas transformer une première impression en jugement définitif. Une personne ne se résume pas à une maladresse, à une mauvaise journée ou à une phrase exprimée de manière imparfaite.

Il faut parfois laisser les relations se construire avant de comprendre qui se trouve réellement devant nous. Certaines qualités apparaissent immédiatement. D’autres se découvrent seulement lorsque la confiance s’installe.

Cela ne signifie pas qu’il faut tout accepter ou ignorer les comportements difficiles. Il faut simplement essayer de comprendre avant de décider qui est une personne et ce qu’elle peut apporter.

Cette manière de regarder les autres s’est construite naturellement. Je ne cherchais pas à analyser chaque comportement. Je ressentais simplement qu’il y avait souvent davantage derrière ce que l’on voyait au premier regard.


Apprendre à observer avant de juger

Sans m’en rendre compte, j’apprenais à observer les tempéraments. Je remarquais les personnes qui allaient probablement tenir lorsque la situation devenait compliquée et celles qui avaient besoin d’être davantage soutenues.

Je voyais également les changements qui apparaissaient avec le temps. Une personne qui semblait peu impliquée pouvait se transformer lorsqu’on lui accordait de la confiance. Une autre, très présente au début, pouvait avoir besoin du groupe lorsqu’une difficulté apparaissait.

Grandir entouré de personnes aussi différentes m’a appris à écouter avant de classer. Cela m’a également appris que chacun ne montre pas ses qualités de la même manière.

Certains s’expriment facilement par les mots. D’autres montrent leur présence par leurs actes. Certains rassurent le groupe en parlant. D’autres le font simplement en restant fiables et disponibles.

Le sport peut constituer un véritable levier d’éducation, d’inclusion et de vivre ensemble, car les valeurs apprises sur le terrain continuent d’influencer les relations bien au-delà des activités sportives.


Ce que ces années m’ont appris

Ces années vécues à la campagne et sur les terrains de sport m’ont appris que les différences ne sont pas forcément des obstacles. Elles peuvent devenir une force lorsque chacun trouve sa place et se sent accepté.

Elles m’ont appris que les personnes les plus visibles ne sont pas toujours les plus solides. Elles m’ont également montré que les plus discrets peuvent devenir essentiels lorsqu’on prend le temps de leur faire confiance.

J’ai appris que le collectif ne se construit pas uniquement autour des performances. Il se construit aussi autour des relations, du respect, des efforts partagés et de la capacité à rester ensemble lorsque les choses deviennent plus difficiles.

J’ai compris que chacun avance à son propre rythme. Une personne peut avoir besoin de davantage de temps sans pour autant manquer de volonté. Une autre peut sembler très forte tout en ayant besoin d’être soutenue.

Ces expériences m’ont surtout appris à ne pas juger quelqu’un trop rapidement. Il faut parfois regarder au-delà de ce qui est immédiatement visible pour découvrir la véritable personnalité d’une personne.

Cette manière de voir les autres ne m’a jamais quitté. Elle s’est construite dans un environnement simple, au milieu de dizaines de jeunes, dans les discussions, les activités et les rencontres de chaque week-end.


La suite de l’histoire

Dans le prochain article, je raconterai cette aventure menée par un comité particulièrement jeune, les contrats signés avec les sociétés et la responsabilité d’un événement dont le budget dépassait le million de francs.

La suite : à 22 ans, trois semaines de fête et plus d’un million de francs de responsabilités.

Philippe Duthon avec la première équipe du FC Le Mont en 1988